Alexandre Dumas et l’absinthe, ça vous dit quelque chose ? On imagine facilement l’écrivain, verre à la main, en quête d’inspiration auprès de la « Fée Verte ». Mais est-ce un simple mythe ou une vraie habitude ? Et cette fameuse recette d’absinthe, existe-t-elle vraiment ?
Cet article va droit au but. On sépare la légende de la réalité et on vous donne la seule et unique recette d’absinthe consignée par Alexandre Dumas lui-même, pour que vous sachiez enfin ce qu’il en est.
Le Mythe : Dumas était-il vraiment un buveur d’absinthe ?
Soyons clairs : il n’existe aucune preuve historique sérieuse qui montre qu’Alexandre Dumas était un grand consommateur d’absinthe. Contrairement à des poètes comme Verlaine ou Musset, son nom n’est pas directement associé à une consommation régulière de cette boisson. Il ne semble pas avoir fréquenté les cafés où le rituel de l’absinthe était une institution.
Alors, d’où vient ce lien ? Principalement de son œuvre posthume, le Grand Dictionnaire de cuisine, publié en 1873. Dumas y liste une recette de « crème d’absinthe ». Mais il faut voir ce livre pour ce qu’il est : un inventaire encyclopédique de la gastronomie de son temps. Sa présence dans le dictionnaire montre une curiosité gastronomique, pas une addiction personnelle. C’est un mythe tenace, parfois ravivé par la culture populaire, mais qui ne repose sur rien de concret.
La Recette de la Crème d’Absinthe selon Dumas
Voici donc la fameuse recette. Ce n’est pas celle que buvaient les poètes, mais plutôt une sorte de liqueur ou de crème, comme son nom l’indique. Elle est tirée directement de son Grand Dictionnaire de cuisine. C’est la seule trace écrite liant Dumas à la préparation de l’absinthe.
Tirée du « Grand Dictionnaire de cuisine » (1873)
Ingrédients :
- Eau-de-vie (à 19 degrés) : 8 litres
- Sommités d’absinthe rectifiée : 500 grammes
- Zestes de 4 citrons ou oranges
- Eau de rivière : 4 litres
- Sucre (candi) : 3,5 kilos
Étapes de préparation :
- Mettez les 500 grammes de sommités d’absinthe et les zestes dans les 8 litres d’eau-de-vie. Laissez macérer le tout pendant deux jours.
- Distillez ensuite cette macération au bain-marie. Vous devez retirer 4 litres et demi de liqueur.
- Faites dissoudre le sucre dans les 4 litres d’eau. Quand le sucre est bien fondu, opérez le mélange avec la liqueur que vous avez distillée.
- Enfin, filtrez le tout à travers un papier pour obtenir votre crème d’absinthe.
Cette recette montre un intérêt pour les spiritueux et leurs techniques de fabrication. Elle est plus proche du travail d’un apothicaire ou d’un liquoriste que de la préparation d’un verre dans un café parisien. C’est une recette originale qui reflète les connaissances de l’époque.
L’Absinthe au 19ème siècle : La « Fée Verte » des Poètes Maudits
Si Dumas n’était pas un grand fan, beaucoup d’autres artistes l’étaient. Au 19ème siècle, l’absinthe était surnommée la « Fée Verte ». C’était la boisson de la bohème, des artistes et des écrivains qui cherchaient l’inspiration, ou l’oubli. Elle était bien plus qu’un simple alcool ; elle était associée à un mode de vie anticonformiste.
Le rituel de l’absinthe était très codifié. Il fallait des accessoires précis pour la préparer :
- Une fontaine à absinthe, remplie d’eau glacée.
- Un verre spécifique, avec un réservoir pour doser l’alcool.
- Une cuillère à absinthe, plate et trouée, sur laquelle on posait un sucre.
- De l’eau que l’on versait goutte à goutte pour dissoudre le sucre et « loucher » l’absinthe (la troubler).
De nombreux poètes maudits étaient connus pour leur consommation excessive. Parmi eux, on trouve des noms célèbres comme Alfred de Musset, Hégésippe Moreau, Paul Verlaine ou encore Arthur Rimbaud. L’anecdote la plus connue concerne Musset. Un jour, l’académicien Villemain, ne le voyant pas à une séance, demanda : « Musset s’absente ? ». Un autre lui répondit par un calembour devenu célèbre : « Non, il s’absinthe« .
Les Dangers d’une Muse Empoisonnée
La « Fée Verte » avait aussi une face sombre. Sa réputation était terrible, et on l’accusait de rendre fou. Le principal coupable désigné était la thuyone, une molécule présente dans la plante d’absinthe et qui, à haute dose, peut être neurotoxique.
L’absinthe est une plante vivace aux feuilles fort amères. On la trouve en Europe, surtout au nord, où elle est utilisée pour faire un vin appelé vermouth. En réalité, il existe deux sortes d’absinthe : la grande absinthe, parfois appelée absinthe romaine, et la petite absinthe. L’espèce la plus connue est la plante du nom d’absinthe marine.
Face aux dégâts sociaux et sanitaires, et sous la pression des ligues anti-alcooliques et des vignerons (qui y voyaient une concurrence déloyale), la boisson fut finalement interdite en France en 1915. Cette interdiction a duré près d’un siècle.
Foire Aux Questions (FAQ)
Quelle est la recette d’absinthe d’Alexandre Dumas ?
Il s’agit d’une « crème d’absinthe au candi », une sorte de liqueur sucrée. La recette, tirée de son Grand Dictionnaire de cuisine, implique de faire macérer des sommités d’absinthe et des zestes de citrons ou oranges dans de l’eau-de-vie, de distiller le tout, puis d’ajouter un sirop de sucre.
Alfred de Musset est-il vraiment mort à cause de l’absinthe ?
C’est plus compliqué que ça. Sa consommation excessive d’alcool, dont l’absinthe, a certainement aggravé sa santé fragile et contribué à sa mort précoce. Cependant, il souffrait aussi d’autres problèmes de santé, notamment cardiaques. L’absinthe n’est pas la seule cause de sa mort.
L’absinthe est-elle de nouveau légale aujourd’hui ?
Oui, l’absinthe est de nouveau autorisée en France depuis la fin des années 1990. Cependant, sa composition est très réglementée. Le taux de thuyone est strictement limité pour garantir qu’elle ne présente pas les dangers qu’on lui prêtait autrefois.
